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EN GUISE DE… PRÉFACE (Par Saïd Bouziri*)

 

Ce nouveau siècle sera probablement l’achèvement d’un nouveau cycle de la mondialisation économique, des nouvelles technologies mais aussi et surtout de ce qui l’irrigue et lui donne vie, les flux migratoires. Pourtant, ce que l’on perçoit le moins, c’est que les migrations sont, elles aussi, mondialisées. Des migrants traversent les cinq continents, transitent d’un pays à l’autre, d’est en ouest, du sud au nord, mais aussi – fait contemporain nouveau - du nord vers le sud. Il est donc plus que jamais nécessaire d’en prendre la mesure pour en saisir le sens aussi en France, deuxième pays d’immigration au monde, après les Etats-Unis.

 

De ce point de vue, le travail entrepris par l’auteur - fin praticien du champ migratoire et doté d’une solide maîtrise de sa complexité – l’Immigration de A à Z, constitue un véritable outil de décryptage sémantique concernant l’immigration. Ces mots souvent « détournés » servent plus à « désigner » qu’à expliquer et à parler de l’immigration. Ils deviennent – volontairement ou non - des armes redoutables au service de l’opacité et de la confusion, sources premières d’incompréhensions et d’injustices qu’elles génèrent à l’égard des migrants. Ainsi cet ouvrage en restituant aux mots leur sens premier, permet d’ouvrir une brèche dans l’enfermement sémantique dont on veut rendre captive l’immigration et contribue à réinscrire la rationalité et l’objectivité dans le combat pour sa réhabilitation ;

 

Il n’est donc guère besoin de souligner l’urgence et l’utilité d’un tel outil pour l’émancipation tant individuelle que collective de l’immigration et au-delà de toute la communauté nationale.

 

C’est précisément cette dimension d’émancipation, et d’action tant collective qu’individuelle, qui intéresse dans ce travail. Dans cette impressionnante somme on pourra venir chercher la signification, d’un mot, d’un concept, d’un lieu ou même d’une d’association, d’une organisation. Nous verrons se dérouler avec précision l’itinéraire, pour ne pas dire l’histoire de pas moins de six cents soixante treize mots.

 

Cet ouvrage, que l’auteur refuse d’appeler dictionnaire, est un mémento, un aide-mémoire qui part de la condition de l’immigré pour donner à comprendre la question de l’immigration et parfois de l’émigration, deux termes d’une même équation ; véritable outil de travail qui permet de rendre objectivement lisible le réel, le vécu des itinéraires des migrants ou de ce que d’aucuns nomment les flux migratoires. Ce parti pris d’une approche globale du phénomène migratoire permet plus sûrement d’asseoir les prémisses d’une solidarité internationale plus que jamais à l’ordre du jour.

 

Symboliquement ce « dictionnaire » s’ouvre par l’entrée « Accord de Schengen », et fini par celle de « Zone d’éducation prioritaire. », et c’est tout un programme.

 

En effet l’accord de Schengen défini les frontières en Europe, tant pour le demandeur d’asile, l’immigré ou le touriste ; il délimite la question du dehors et du dedans et par là même influencer considérablement notre vision de l’immigration.

 

De même pour « zone d’éducation prioritaire », ce mot né il y a maintenant un quart de siècle est significatif par son ambiguïté : « zone » donne à penser banlieue, quartier à part, etc., mais aussi exprime un volontarisme politique qui a pour but de lutter contre les inégalités du système scolaire. Cet exemple montre en quelque sorte que la boucle est bouclée. C’est dans le regard de l’autre que l’immigration existe : souvent stigmatisée par les uns, mais aussi défendue et assumée par d’autres.

La richesse de L’immigration de A à Z tient aussi à la matière même qu’elle traite. En effet, l’hétérogénéité de l’immigration en France, avec pas moins de 130 nationalités recensées dans cet abécédaire, constitue une diversité qui irrigue la société tout entière, et il est tout à fait clair que la société française profite de cette présence étrangère tant au niveau social, culturel que politique. Reportez-vous à la lettre L : et vous verrez se dérouler une histoire des lois, mais aussi une liste impressionnante de lutte pour l’égalité et la dignité, la contribution active aux combats de la classe ouvrière dans ce pays et l’on se rend compte que les immigrés partagent avec les autochtones les mêmes envies, les mêmes espoirs, et les mêmes rêves.

 

Et l’on se prend au jeu et on va à la lettre C : citoyenneté nous dira que le droit de vote n’est pas tout, mais il permet d’exister politiquement. Les immigrés sont toujours des acteurs qui agissent pour des droits, et qu’être un citoyen n’est pas toujours être un national, loin de là, c’est dire que le combat reste ouvert car il n’est pas nécessaire d’être Français pour être citoyen et servir ce pays. La découverte peut continuer car il reste encore vingt-quatre lettres à découvrir…

 

Les divers index : alphabétique, géographique, chronologique et thématique permettent d’aller au fond de la question et de trouver dans ce riche travail, la mesure d’un fait sociétal : l’immigration. Avec ces mots et au-delà, il permet de voir à travers le miroir qu’il offre l’état d’une société qui ne cesse de se transformer.

 

Saïd Bouziri

 

(*) Le regretté Saïd Bouziri nous a subitement quitté le 23 juin 2009. C'était un ami et un frère que j'ai eu la chance de connaître en 1973 à Paris lors des grèves de la faim organisé par le MTA et le CDVDTI. Il nous manque beaucoup.

Mohsen Dridi

le 19 février 2017 

Tag(s) : #Préface

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