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  1. ASSOCIATIONS «COMMUNAUTAIRES» : Association. On qualifie d'associations communautaires toutes les associations de primo migrants ou de la 1ère génération de migrants. Parmi les toutes premières expériences, l’on trouve, dès 1912, Solidarité algérienne à Marseille ainsi que l’Association des travailleurs algériens à Lyon. l’Etoile Nord Africaine naîtra à Paris en 1926. l’association catholique de la jeunesse polonaise en 1931 ou encore la Fédération des immigrés espagnols en France créée avant la guerre civile de 1936. Ce terme associations communautaires est apparu surtout au début de la décennie 80 avec la naissance et le développement des associations de jeunes issues de l'immigration. Jusqu'en 1981 – 82, la plupart des regroupements associatifs d'étrangers et/ou d’immigrés étaient surtout composés d'associations par nationalité. D’autres termes étaient alors utilisés pour les qualifier : associations de migrants ou d'immigrés ou encore de travailleurs immigrés mais rarement d’associations communautaires. Terme apparu au début des années 1980, véhiculant une connotation bien particulière. Bien que recouvrant des réalités très diverses, on retrouve néanmoins dans cette catégorie, des groupements comme, par exemple, pour les Maghrébins : le Mouvement des Travailleurs arabes (MTA), l’ATF, l’UTIT (devenue FTCR) (Tunisiens), ATMF (Marocains puis Maghrébins), AMF (Marocains), CTA, l’ATAF, le SAE (Algériens). Pour les Turcs : l'ADTT, l’ATT (devenu ACORT), l’ASTT. Pour les Africains : l'UGTSF, l’AGTSF, l’UTST-AR (Sénégal), l’UTMF (Mauritanie), Solidarité malienne, la FETRANI, l’ACTAF, la FETAF, l’UTAF, l’UTANO (Oise), l’ATANC (Compiègne), la FAAF (Villeneuve d’Asq), le MOTIF et l’AETIF Ivoiriens, Expression noire Paris, l’AMIBEF (Bénin), l’Amicale des Africains de Belfort, l’APS (Soninké), le RTMF (Malien), l’ACM Casamance Marseille, l’UFTM (Togo), l’ATSOCAF travailleurs sénégalais de Casamance, RTESF (Regroupement des travailleurs sénégalais en France), l’Alliance fraternelle des Béninois de Marseille, l’APA Comoriens de Marseille, l’Association des Casamançais du Val d’Oise, la Fédération des associations comoriennes de Marseille, le CRI CASE Marseille. Pour les Portugais : la FATE, le CCPF , l’AOP ; Pour les Espagnols : la FAEEF (devenue FACEEF), l'APFEEF... etc. À signaler également de très nombreuses associations au sein des communautés originaires du Sud-est asiatique, du Pakistan (ATPakistanais), du Sri Lanka, des Tamouls ou encore des Latinos-américains. Le même phénomène concerne aussi les originaires des DOM et des TOM (Antilles, Réunion, Guyane …), lesquels tout en étant français, ont créé des dynamiques associatives très proches de celles des autres migrants. Nombre de ces associations fonctionnent comme des fédérations regroupant des groupes locaux implantés dans les régions. Comme signalé plus haut, ces associations se définissaient elles-mêmes avant tout comme des associations autonomes de travailleurs immigrés de telle ou telle nationalité. Ces caractéristiques découlaient évidemment de la composition sociologique des populations immigrées de cette époque ainsi que des problèmes auxquels elles étaient confrontées. Evidemment chaque association se crée en fonction de raisons particulières et spécifiques. Mais il est clair aussi que le contexte général, en France, explique pour une grande part la constitution d’associations pour telle ou telle communauté ou catégories. Ainsi, ce n’est pas un hasard si c’est au cours des années 1970 que la plupart de ces associations vont voir le jour. Une des raisons principales étant bien évidemment la politique de contrôle et de restriction en matière de régularisation mise en place à cette époque, avec les circulaires Fontanet-Marcellin. Une décennie plus tard, c'est surtout avec l'arrivée des associations de jeunes que l’adjectif communautaire commence à désigner les mouvements de primo migrants. En effet, si à première vue il y a bien la réalité que chacune de ces associations (celles de la génération des années 70) se réclamait sinon d'une communauté en tout cas se référait à une nationalité particulière. L'utilisation de l’adjectif communautaire, sans aucune nuance, pouvait apparaître comme une tentative de ne confiner ces associations qu'à la seule dimension communautaire au sens qu’elles s’adressaient principalement à une communauté. En fait l'appellation associations d'immigrés (ou associations de travailleurs immigrés ou encore associations autonomes de travailleurs immigrés) utilisée dans le courant des années 1970 était communément admise par les militants mêmes de ces associations. Parfois, au début notamment, les débats sur cette notion d'associations communautaires étaient assez vifs entre les militants des deux générations d'associations. Finalement c’est vers le milieu et surtout la fin des années 1980, après avoir fait l’expérience du travail en commun entre générations, que l'on commencera à utiliser et à préférer le terme « issue de l'immigration » pour désigner toutes les associations. À cela deux raisons au moins : 1) d'une part le boum associatif issu des quartiers et des cités en 1982-84, suite à l’abrogation du Décret de 1939 sur les associations étrangères, donnant ainsi naissance à une myriade d’associations. Ces nouvelles associations, fondées par les jeunes des cités, avaient davantage un caractère local avec une dimension multi-communautaire et multi-culturelle. Et la plupart de ces jeunes, certes enfants d'immigrés dans leur écrasante majorité, se considéraient eux-mêmes avant tout comme jeunes habitants telle ou telle cité, quartier et territoire ; 2) d'autre part, l'utilisation abusive - jusqu’à l’instrumentalisation par certains - du terme associations communautaires. Ils y voyaient le signe d'un communautarisme rampant dangereux pour la république. Nous sommes, faut-il le rappeler, à l'époque de la Beur génération, avec la naissance du phénomène Sos-racisme et la volonté manifeste de certains courants politiques de distinguer les jeunes – et plus singulièrement les jeunes filles -, intégrables et les primo migrants non intégrables etc. C’est donc dans un tel contexte, au cours de la seconde moitié des années 1980, que commence à s'esquisser un débat, au sein même du mouvement associatif, sur le lien et la solidarité nécessaire entre générations. La question de la mémoire de l'immigration (et sa ré-appropriation) va occuper une place importante dans ce débat. On parle de moins en moins d'associations d'immigrés et de plus en plus d'associations d'immigrés et issues de l'immigration pour bien marquer ce lien entre générations. L’introduction de ces nouveaux termes n'est pas fortuite puisqu'elle va se faire en parallèle à l’introduction de nouveaux thèmes de combat notamment de la notion de citoyenneté. D'un point de vue quantitatif, il est évidemment difficile d'avoir des données chiffrées sur le nombre des associations d’immigrés puisque la loi ne distingue plus les associations étrangères des autres. L'abrogation du décret de 1939 en octobre 1981 constitue en cela une avancée considérable qui a favorisé un développement de la vie associative. Toutefois, ce passage au droit commun et le fait de ne plus distinguer les associations étrangères ne doit pas masquer les dynamiques associatives spécifiques à chaque communauté vivant en France. Certaines études et travaux distinguent même des modèles selon telle ou telle communauté, en fonction de son histoire propre, de ses traditions et expériences associatives... etc. De même, cela ne doit pas masquer les différenciations d’ordre politique, idéologique et philosophique qui existent au sein de chaque communauté (ou nationalité) et qui se répercutent sur les projets associatifs. Ainsi en est-il par exemple du positionnement des associations autonomes d’immigrés vis-à-vis des Amicales pro-gouvernementales ou encore des différenciations entres associations confessionnelles (catholiques, juives, musulmanes) et associations laïques etc. Mais le débat n’est vraiment pas nouveau. Dans les années 1970, les syndicats ne voyaient pas d’un bon œil la constitution de ces associations de travailleurs immigrés qu’ils considéraient comme des manipulations gauchistes. Le débat portait alors sur la nécessité du rassemblement de tous les travailleurs à l’intérieur des syndicats, les immigrés étant, avant tout, des travailleurs. Il a fallu une bonne décennie pour arriver à convaincre les syndicats, à l’exception toutefois de certains secteurs de la Cfdt, (notamment ceux de la métallurgie ou encore d’Hacuitex …) qui avaient très tôt compris la démarche en raison très certainement de la forte composante immigrée de leurs bases. Il a donc fallu expliquer aux syndicats que les immigrés étaient certes des travailleurs et, en tant que tels, ils devaient se syndiquer (ceci était même souvent explicitement indiqué dans les plate-formes des associations), mais que, par ailleurs, ils étaient aussi des immigrés ayant des problèmes qui relèvent de la cité (logement, scolarité des enfants, racisme) et qui plus est, avaient aussi, en tant qu’originaires de tel ou tel pays, des spécificités que ne pouvaient assumer les syndicats. Et là commençait le rôle des associations, espaces à l’intérieur desquels des gens d’une même communauté ou d’un même village pouvaient se retrouver, organiser des activités culturelles, festives, sociales mais aussi débattre de la situation dans le pays d’origine. Depuis, les relations syndicats – associations se sont améliorées et sont allées en se renforçant en raison des convergences sur le terrain et une certaine pratique en commun. En fait, cela passe beaucoup aussi par le biais de relations entre militant(e)s. Dans les années 1990, au contraire, lorsque est apparu avec force ce qualificatif d’associations communautaires, les enjeux semblaient, contexte oblige il est vrai, d’une toute autre nature, prenant une tournure politique et idéologique. Comme on peut le constater, ce sont toutes ces différenciations citées précédemment et toute cette complexité squi ont totalement gommées par l’utilisation de schémas aussi généraux et réducteurs qu’associations communautaires, sous-entendu, prônant le communautarisme. Insister sur cette complexité ne signifie pas cependant qu’il n’a pas existé de velléités d’organisation sur des bases exclusivement communautaires. Ces courants ont toujours existé à côté des associations laïques plus nombreuses et surtout mieux insérées dans les réseaux associatifs militants et les plate-formes Français-immigrés (CDVDTI, CUFI, SOS-Refoulement, coordination pour le droit de vivre en famille, les collectifs J’y suis, j’y reste, J’y suis, j’y voteetc.) ou dans des regroupements comme la MTI, le CAIF ou encore Mémoire Fertile. D’ailleurs, on retrouvait ces courants davantage à l’intérieur des associations laïques, comme une des expressions qui alimentaient les débats, qu’à l’extérieur de celles-ci. Bien entendu et pour nuancer et relativiser ce qui précède, il faut signaler que nombres d’associations, formelles ou informelles, ayant pour objet soit l’entre aide entres les membres soit la récolte des fonds pour soutenir des projets de développement dans les villages et les régions d’origine ont été (et sont) très actives sans pour autant s’inscrire dans les multiples dynamiques collectives au plan national. Pour terminer, quelques éléments un peu plus concrets sur ce phénomène associatif à partir des estimations faites dans les années qui ont suivi l'abrogation du décret de 1939, estimations qui avançaient alors les chiffres de cinq à sept milles associations d'immigrés lesquelles se répartissaient de la manière suivante : Associations portugaises : entre 900 et 1000. Associations maghrébines : environ 850. Associations italiennes : environ 500. Associations espagnoles : environ 500. Associations yougoslaves : environ 300. Associations turques : environ 350. Associations africaines : 420 environ. Associations polonaises : environ 250. Associations du sud-est asiatique : environ 250. Les particularités signalées précédemment n'ont cependant pas empêché les expériences de regroupement et de coordination inter associations. Ces regroupements s’organisaient, certes en tant qu’associations d’immigrés, avant tout en tenant compte des affinités des analyses d’ordre politique, voire même idéologique, mais encore de proximité du terrain des luttes et des revendications. Ce qui contredit la thèse pour le moins simpliste du communautarisme. On peut même affirmer, sans risque d’exagération, que les tentatives de coordinations ont très tôt accompagné le développement associatif. Citons à titre d’exemple la création en 1974 du Front des organisations de travailleurs immigrés, en 1977 celle du Collectif des organisations de travailleurs et d’étudiants ou de manière encore plus systématique et structurée la constitution en 1973 de la Maison des Travailleurs Immigrés (MTI) et à partir de 1984 du Conseil des associations d’immigrés en France (CAIF). (cf. "l'Immigration de A à Z")

Le contenu de ce blog a pour source le livre « L’immigration de A à Z » de Mohsen Dridi. Une publication 2007 de la FTCR. Vous pouvez vous procurer le livre (440 pages - Prix 5 € + envoie) au 23 rue du Maroc –75019 Paris. Tél : 01 40 34 18 15 – Fax : 01 40 34 18 15 -contact@citoyensdesdeuxrives.eu

Tag(s) : #Associations d'immigrés

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